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AVENIR DES TIGRES CAPTIFS

 

  1. D’immenses responsabilités historiques
  2. Le réensauvagement : urgente nécessité, formidable opportunité
  3. Constat actuel : un vide abyssal
  4. Conclusion
  5. Bibliographie

 

EUROPE, RUSSIE, ETATS – UNIS ET LEURS GRANDS FELINS CAPTIFS : LA CROISEE DES CHEMINS



Au moment où la politique chinoise concernant les tigres est de plus en plus contestée, une très large fenêtre d’opportunité s’ouvre sur ce sujet pour les USA, la Russie et l’Europe occidentale qui peuvent, en s’engageant sans délai dans de vigoureuses politiques autonomes de réorientation du dressage vers une réensauvagement de tigres captifs présents sur leurs territoires, sauver l’espèce, et lui assurer un avenir solide sur le long terme.


IMMENSES RESPONSABILITES HISTORIQUES

Les terribles méfaits de la politique chinoise des trente dernières années et

l’énorme menace qu’elle fait peser sur la survie des tigres sauvages sont des réalités incontournables.

Au delà, la transformation de la Chine en désert faunistique est d’autant plus navrante qu’elle fut jusqu’à une date récente l’une des régions au monde les plus riches en biodiversité (Pfeffer 2008).

Celà ne doit en aucun cas faire oublier que les Etats – Unis accomplirent des écocides d’une ampleur au moins comparable il y a un siècle, et que

la politique coloniale menée par certains pays européens sur le continent asiatique avait précedemment provoqué la mort de 500 000 tigres en deux siècles. A la fin de la deuxième guerre mondiale, les populations de tigres sauvages représentaient 2% de ce qu’elles avaient été avant 1750. Qui plus est, le comportement des européens (anglais et français en premier lieu) pendant cette période ont provoqué un changement d’attitude des popullations locales vis – à – vis d’un animal considéré jusqu’alors comme une divinité vénérée et intouchable. Cette rupture culturelle artificiellement induite est un élément essentiel des difficultés actuelles dans les tentatives de protection des individus encore vivants dans la nature.

A cela s’ajoute, à partir des années 1880, le massacre par les russes de dizaines de milliers de tigres en Asie centrale et en Sibérie.

L’assassinat du tigre des steppes eurasien au 20ème siècle, jamais complet et sans cesse recommencé, est ponctué de nombreuses proclamations successives de son extinction, à partir des années 30 jusqu’à un rapport de l’UICN en 2003.

Cet animal, ni plus ni moins élusif, dans la nature, au cours des 40 dernières années, que le tigre de Chine du Sud, a été l’objet, jusqu’à aujourd’hui, d’un ahurissant « oubli »  (Sennepin 2008a), comparable à celui subi par les félins à dents de sabre africains (B. Heuvelmans 2007). Une seule création littéraire lui a été consacrée jusqu’à présent, alors qu’elles sont 3 concernant des tigres bleus ! Pourtant, cet extraordinaire félin (Sennepin 2008a) qui fut aussi important pour la culture de l’Eurasie historique que ne le fut le tigre oriental pour celle de la Chine préhistorique, magnifié aussi bien sur la madrasa de Sher Dor (Registan de Samarkand) que dans le monastère arménien de Guèghard (région du lac Van, Turquie orientale), est peut être encore en vie (article du Turkish daily News du 4 Août 2004, après l’enquête de terrain du naturaliste Yildiray Lise de 2002 à 2004).

Mais en 2007, la Turquie continuait à détruire les roselières qui furent le refuge de l’animal, et le lac Van aura probablement disparu avant 2030… (A. Sennepin, « La merveille et la gloire », livre en préparation).



LE REENSAUVAGEMENT : URGENTE NECESSITE, FORMIDABLE OPPORTUNITE

Aujourd’hui, le tigre sauvage est dans une situation quasi desespérée . Il ne lui reste une faible chance de se maintenir à moyen terme qu’en Inde, où les décisions significatives prises par les autorités en janvier dernier : renforcement important des moyens antibraconnages, financement conséquent de la mise en place de 8 nouvelles réserves,

répondent à une situation cataclysmique et qui se dégrade chaque jour à une vitesse hallucinante (Treillard 2008).

Les ultimes noyaux de population de la sous espèce îlienne, Panthera tigris sundaïca, s’évaporent sous nos yeux et ne passeront probablement pas l’année en cours.

Et il faudrait un miracle pour que le corridor écologique de 8000kms (du Bhoutan au Vietnam) initié par des organisations internationales le 14 février à New Dehli puisse se mettre en place de façon assez rapide et tangible pour assurer la survie du seul pool génétique restant : Panthera tigris tigris.

Le tigre sauvage est aujourd’hui relictuel.

D’autre part, le maintien en captivité de populations sur de longues périodes intégrant plusieurs générations amoindrissent les capacités à une vie sauvage ultérieure, ce qui rend les tentatives de réensauvagement plus complexes, difficiles et aléatoires.

Face à cette situation, les politiques classiques sont frappées d’obsolescence.

Maintenir un grand nombre de tigres dans des structures diverses pour une période indéfinie, et sans la moindre politique d’ensemble, tout en délivrant des bons points à l’Inde et des mauvais à la Chine, comme le font jusqu’à aujourd’hui Etats Unis, Europe et Russie, n’a tout simplement aucun sens.

S’en tenir à une politique « classique » revient à accepter la disparition de l’espèce.

Changer de logique sans délai est tout simplement une nécessité absolue pour sauver le tigre.

  Or, il est possible, et pas très compliqué, de sauver le tigre dans l’immédiat, mais aussi lui assurer un avenir solide dans le long terme, par une redistribution géographique dirigée, prélude à une future diversification du pool génétique existant. Les grandes puissances disposent à cet égard de tous les moyens, scientifiques, financiers, humains et territoriaux, pour le faire.

Certes, ce genre d’initiative nécessite une préparation soignée menée par des zootechniciens motivés et compétents : les réintroductions hâtives connaissent des taux d’échecs élevés (un tiers des individus relâchés décèdent assez rapidement), notamment parce que la phase de désimprégnation vis – à – vis de l’environnement humain est insuffisante, comme l’indique Charles Clover le 20 Janvier 2008 : « Carnivores released into wild fail and die, Journal of Biological Conservation ». Ces éléments vont notamment imposer une révision complète des protocoles de réintroduction de chats sauvages, de lynx et de loups en Ecosse au cours des prochaines années.


La question fait donc l’objet d’une controverse dans les milieux scientifiques,

mais de nombreux exemples montrent la faisabilité d’un réensauvagement viable chez les grands félins, comme nous allons le voir.

Et l’exploration résolue de pistes variées ne relève pas de l’utopie, mais du réalisme et de la lucidité dictés par l’urgence.

En l’occurrence, c’est l’attitude inverse qui relève d’une inconséquence très lourde aux implications gravissimes.

Par ailleurs, des initiatives euro - américaines d’une importance significative auront un impact considérable sur l’attitude des Chinois, poussés à imaginer des processus au moins équivalents, sous la menace de perdre la main dans cette affaire.

Une telle démarche induira une dynamique de cercle vertueux.


Viviane Tytelman (2008) a rappelé comment Georges Adamson avait su réensauvager des lions imprégnés à partir de 1970.

De même, Valmik Thapar et Billy Arjan Singh, en Inde, ont permis un retour à la nature sauvage réussi d’individus qui leur étaient pourtant très attachés.

Et Li Quan mène actuellement une expérience très intéressante avec un noyau familial de tigres en Afrique du Sud (Sennepin 2008b) qui compte depuis le printemps 3 tigreaux viables, et qui a reçu le 7 mars dernier l’appui spectaculaire du Los Angeles Times (Dixon 2008).


Aujourd’hui, la rétrocession de territoires en Asie centrale présente d’immenses difficultés dans l’immédiat, liées à un braconnage continu et généralisé : la réserve de Tigrovaya Balka, dans le Sud du Tadjikistan, qui abrita des tigres des steppes dans le passé, et le territoire mongol, plus à l’Est , ne sont pas mleux protégés que le Nord de Sumatra) . La situation en Turquie orientale n’est guère plus favorable, malgré certains indices encourageants : les esprits ne sont pas prêts à une cohabitation avec les prédateurs sauvages , et il semble que les turcs aient une tendance au déni concernant certains épisodes de leur histoire au siècle dernier (et qui ne concerne pas seulement les massacres de populations arméniennes – Sennepin 2008a -).

Au Kazakhstan, même si la situation tend à s’améliorer sur le terrain comme dans les esprits ces dernières années, il faudra beaucoup de temps pour que la mer d’Aral et le delta de l’Amou Daria soient susceptibles d’abriter à nouveau des grands félins, alors que cette région fut à la fois leur sanctuaire et leur paradis pendant des siècles (Sennepin. « La merveille et la gloire », livre en préparation). 

Les tigres de Sibérie, qui sont les congénères les plus proches de la souche originelle, seraient les plus à même de recoloniser ce type de milieu dans un futur lointain.



Parallèlement, des reconstitutions d’écosystèmes accueillants pour de grands fauves sont actuellement en cours aux Etats Unis : le plus ambitieux est mené par Josh Dolan, du Massachusets Institute of Technology, dans la prairie d’armoise de l’ouest du pays, avec pour objectif la cohabitation de lions et d’éléphants d’Asie . D’autre part, Brian Werner, qui dirige le Tiger Creek Wildlife Refuge, au Texas, espère recueillir suffisamment de fonds lors d’une manifestation en octobre prochain, pour engager un plan de réensauvagement progressif.

Dave Foreman, du Rewilding Institute, envisage la réimplantation de jaguars dans le Sud des Etats – Unis.

Selon Stephan Carbonnaux, cette approche « devrait nous inspirer ici même en Europe occidentale » (Bousquet 2008).

En Russie, Serguei Zimov a engagé, en Iakoutie orientale, un travail comparable à celui de Dolan aux Etats – Unis. Il envisage à terme l’implantation de tigres de Sibérie.

Viktor Yudin continue, d’autre part, sa démarche de désimprégnation progressive d’un noyau familial de tigres en extrême orient russe. 


D’autres milieux emblématiques peuvent se révéler adaptés à l’accueil de félins géants . C’est notamment le cas de la Patagonie et ses espaces immenses, qui fut le royaume, jusqu’à il y a quelques millénaires, du plus volumineux félin à dents de sabre de tous les temps, Smilodon populator, qui était aussi social que le lion.

Son successeur, le puma, fut éradiqué par les éleveurs qui règnent aujourd’hui sur des millions d’hectares de prairie dont une partie pourrait fort avantageusement, moyennant des arrangements économiques préalables, être rétrocédés à la Nature.


Ces initiatives méritent assurément d’être financièrement soutenues, notamment par des mécènes des milieux économiques.

Mais le plus significatif serait la décision politique d’un véritable PLAN TIGRE, comme il y eut le Tiger Project en Inde dans les années 70.

CONSTAT ACTUEL : LE VIDE ABYSSAL

Aujourd’hui, la gestion des grands fauves captifs en Occident est en fait une non politique, qui ferme toute perspective de réadaptation future dans un milieu pas ou faiblement anthropisé. Le système tourne en vase clos, et n’induit aucun processus dynamique de retour à la liberté.

Qui plus est, zoos et cirques ont favorisé, à partir des années 70, des reproductions en masse pendant des décennies, ce qui génère une présence massive et non répertoriée de grands fauves chez des particuliers, les trafics les plus sordides, des safaris privés etc…

La situation est actuellement hors de contrôle, et le constat général est aussi horrifiant que celui effectué pour la Chine.

Nous allons maintenant évoquer les faits plus en détail et chacun pourra donc juger sur pièce.

Mais un bref détour anthropologique est peut être nécessaire, tant ce qui vient d’être écrit peut paraître outrancier et inacceptable pour un lecteur non averti.

Tout comme certaines pratiques d’utilisation de l’animal, fortement ancrées dans la culture chinoise, nous choquent profondément, il en fut de même pour les espagnols, horrifiés par les sacrifices de masse réalisés par les Aztèques.

Or, les européens faisaient plutôt proportionnellement pire que ces derniers en matière d’exécutions publiques : 

« Un simple calcul nous apprend qu’à population égale, et pour la même période, l’Angleterre aurait exécuté deux fois plus que l’Empire aztèque en rythme annuel. D’après Braudel, la France et l’Espagne étaient encore plus sanguinaires que l’Angleterre. » (Mann 2007).

Nous sommes malheureusement dans un cas de figure comparable avec les grands fauves captifs.

Voici les faits :


Tigres de compagnie chez les nouveaux riches

Pendant plusieurs décennies, parcs zoologiques et cirques américains ont favorisé une reproduction massive des grands fauves captifs.

L’ importance du phénomène suscita progressivement un marché lié à un phénomène de mode : les américains les plus fortunés s’offrirent de jeunes tigreaux, lionceaux, etc…

Dans un deuxième temps, cette coquetterie se démocratisa aux Etats – Unis (un tigreau pouvant être obtenu pour moins de 400 dollars, soit moins qu’un chiot de race pure) et s’étendit, dans le même temps, aux nouveaux riches du monde entier, notamment à la fin des années 95 et au début des années 2000.

Il est impossible d’avoir une idée du nombre d’individus des différentes espèces concernées par ce phénomène au niveau mondial mais il concerne probablement plusieurs dizaines de milliers d’individus. On évoque le chiffre de 6000 tigres pour la Russie et l’Asie centrale…

Des personnalités qui firent la une de l’actualité telles que le paramilitaire serbe Arkan, assassiné le 15 janvier 2000, ou le ministre israélien du tourisme Rehavam Zeevi, assassiné le 17 octobre 2001, aimaient à se faire photographier avec leur tigreau.

D’autre part, l’existence de ces animaux peut être occasionellement révélée à travers un fait divers : le 2 Novembre dernier, une femme de ménage fut tuée par un ours qui était sorti de sa cage dans l’appartement du chef de la police d’Erevan (Arménie). Un tigre était également présent dans le logement (Harutyunyan 2007).


Une Amérique méconnue

Aux USA, deux articles circonstanciés publiés en octobre et novembre 2003 par le National Geographic montrèrent à la fois la dimension du phénomène et de ses implications.

Les chiffres cités donnent le tournis : certains évoquent la présence de 15 000 grands félins exotiques sur le territoire, dont plus de 10 000 chez des particuliers.

Il y aurait 10 fois plus de tigres et de lions chez des particuliers que dans des zoos. La majeure partie de cette population vivrait dans des appartements des grandes villes américaines, comme New York.

On cite la présence de 500 grands félins dans la seule agglomération de Houston (Texas) .

Le problème est considéré comme étant « en croissance incontrôlable ».


Des douzaines de cas de propriétaires tués ou blessés par leur animal de compagnie (dont un partiellement dévoré) étaient déjà répertoriés à cette époque.

Maintenir son animal en bonne santé ne va pas toujours de soi : un ligron (hybride lion/tigresse) femelle, présent dans un cirque, contracta une infection de l’utérus. Après qu’elle ait subi une hypersectomie, il lui fut retiré une tumeur de 18kgs.

Les animaux peuvent parfois se blesser ou se dévorer les uns les autres, ou agoniser dans des cages minuscules où ils baignent dans leurs excréments.

Nombreux sont ceux négligés ou abandonnés par leurs propriétaires.

Tous les trafics possibles et imaginables se mettent ainsi en place et prospèrent.

Un immense capital biologique est ainsi gaspillé en pure perte.


Il existe des refuges pour grands félins, tels Tiger Haven (Tennessee), qui accueillait fin 2003 200 animaux sur 20ha, ou Wild Animal Orphanage (San Antonio, Texas), avec 90 pensionnaires à la même époque (Handwerk 2003, Block et Trivedi 2003).


Thapar (2004) évoque le cas particulièrement dramatique d’un californien ayant tenu un refuge pendant 25 ans, et dont la gestion fut un échec. Quand la police intervint sur sa propriété, elle découvrit, en plus d’animaux (dont de très jeunes « chatons ») émaciés et agonisants, 90 tigres morts – pourrissant sur le sol pour les uns, stockés dans des congélateurs pour les autres.



Le premier organisateur de safaris au monde

Enfin, les Etats – Unis possèdent sur leur sol plus d’un millier de ranchs où sont organisés des safaris en espaces restreints pour clients fortunés du monde entier, c’est à dire des massacres de grands fauves à bout portant, souvent plus massifs que ceux orchestrés dans l cadre du Colisée à l’apogée de l’Empire Romain.


L’Afrique du Sud a mis en place, au cours des années 90, des élevages de grands félins destinés à des safaris semblables (« la chasse en boîte », où l’animal est tiré à bout portant dans d’étroits corridors). Jusqu’à 6000 lions et de nombreux tigres sont concernés par ces jeux de massacre.

Sous pression internationale, le gouvernement avait fait mine d’interdire cette pratique en 2007, mais dans la réalité, des fermes à lions hébergeant plusieurs centaines de pensionnaires dans des conditions atroces continuent à prospérer.

700 individus avaient déjà été abattus en 2006, et plus du double (1500) le furent en 2007, année de la soi – disant interdiction.

Les Etats-Unis poursuivent aujourd’hui cette activité qui concerne des effectifs encore supérieurs.



Europe : « dégagement de marché » et trafics tous azimuts


L’Europe, qui semblait un havre de paix pour ses grands fauves captifs en comparaison de la Chine, n’est hélas pas moins destructrice que cette dernière à leur encontre et ce de façon beaucoup plus discrète.

Il a fallu une longue et minutieuse enquête en Angleterre puis en Belgique par deux journalistes britanniques, Daniel Foggo et Hala Jaber, pour mettre en lumière un énorme trafic de peaux et trophées de toutes sortes à travers l’Europe, avec comme source d’approvisionnement principale de nombreux zoos et cirques.

Ils ont publié les résultats de leurs investigations dans le Sunday Times du 22 Juillet 2007.

Leur constat est tout simplement accablant. Il apparaît que de nombreux cirques et parcs zoologiques tuent des tigres en bonne santé et vendent leurs corps à des taxidermistes qui fournissent ensuite de riches clients en « trophées ».

Le phénomène est massif : les journalistes reconnaissent qu’ils ont eu la chance de pouvoir enquêter en Angleterre, où les conditions politiques et juridiques ne les ont pas empêché d’aboutir. Ils auraient probablement échoué dans des pays du Sud de l’Europe, et ce qu’ils ont mis en lumière n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Ces trafics de tigres entiers ou en pièces détachées ne sont en fait que la conséquence logique d’une politique discrète mais résolue de l’EAZA (association internationale de gestion des populations d’animaux présents au sein des parcs zoologiques ) d’ assurer le maintien de « sous – espèces pures » au sein des populations de tigres captifs (Foggo et Jaber 2007).


Or, ceci repose sur une fiction scientifique et il convient ici d’effectuer une mise au point sur cette question.

8 « sous espèces »  de tigres étaient répertoriées au XXème siècle. Trois d’entre elles ayant disparu au cours de celui – ci, il en restait 5.

Au début des années 2000, on en érigea une sixième, résultant du fractionnement et de l’isolation géographique de deux populations de tigres d’Asie du Sud – Est .

C’est sur cette classification que se fonde la politique de l’EAZA.

Les individus « hybrides » (issus de parents de deux « sous espèces » différentes) doivent être progressivement éliminés d’une façon ou d’une autre.

Dans la pratique, il s’opère donc un discret mais vigoureux « dégagement du marché » des individus jugés indésirables par la doxa officielle.

Or, nous avons affaire à un abus de catégorisation (qui confond sous espèce et simple variété géographique) sans rapport avec la réalité biologique (Thapar 2004, Picq et Savigny 2004) : il n’a existé historiquement que 3 sous espèces réelles de tigres. Il en restait officiellement deux au début des années 2000. Mais d’’ici à quelques mois (2008), ne subsisteront probablement plus qu’un millier de tigres continentaux (Panthera tigris) dans la Nature, de l’extrême orient russe à l’Asie du sud – est, suite à l’actuelle extermination vertigineuse des derniers tigres de la Sonde (Nirmal Gosh : Straits Times du 17 février 2008, Sennepin 2008b).


Cette « tendance » est récurrente dans la démarche scientifique occidentale : les léopards furent longtemps divisés en 27 « sous espèces » : la biologie moléculaire a réduit le nombre de celles- ci à 8, incluant 27 variétés géographiques (Christen 2000).


La politique européenne vis à vis des tigres présents sur son territoire a donc comme résultat un immense gâchis de son capital biologique.


Par ailleurs, les « safaris » décrits plus hauts comme essentiellement américains ne le sont pas exclusivement.

Pendant des années, des lynx, loups blancs, lions et tigres provenant de cirques furent massacrés dans la grande steppe espagnole d’Estramadure pour le plaisir de riches oisifs. En décembre 2005, le cadavre d’un tigre fut retrouvé et exposé dans la sous - préfecture de Badajoz (Sennepin 2006b).



CONCLUSION


Porteur de la responsabilité historique principale dans la course à la mort du tigre sauvage, l’Occident se satisfait pour l’heure d’une gestion calamiteuse de ces animaux captifs, aux conséquences horrifiques.

Une nouvelle approche, basée sur la reconstitution d’écosystèmes et des protocoles de réensauvagement de grands félins, est aussi urgente qu’opportune.

Celle - ci aura en effet des conséquences bénéfiques incalculables, incluant un gain politique considérable pour avoir effectivement sauvé l’animal qui a le plus fasciné les hommes sur les plans esthétique et religieux. Celà poussera la Chine, très sensible à « l’air du temps », à prendre ses propres responsabilités.

Pour l’heure, du fait de l’initiative de Li Quan, elle a néanmoins une petite longueur d’avance, même dans ce domaine, sur les Etats – Unis, la Russie et l’Europe.

D’autre part, cette nouvelle approche n’a rien de véritablement révolutionnaire, dans la mesure où elle répondra simplement à une situation particulière, en s’inscrivant en complément indispensable au principe du « corridor longitudinal asiatique » décidé par les protecteurs du tigre le 14 février dernier à New Dehli.


Le poète latin Martial a décrit le tigre des steppes eurasiennes comme « la Merveille et la Gloire des montagnes d’Hyrcanie ».

Renonçant à la construction d’une autoroute traversant le territoire du lynx pardelle, le 31 Mai 2007, les autorités espagnoles indiquèrent que « le gouvernement ne prendra pas la responsabilité historique de provoquer la première disparition d’une espèce de grand félin en Europe depuis la préhistoire » (Sennepin 2007b).

L’Occident et la Russie sont devant un choix clair et immédiat, vis à vis de celui qui s’apparente à un lion des cavernes tricolore (Galhano – Alves, com. pers. 2008), merveille et gloire du monde depuis 2 millions d’années.




Alain SENNEPIN




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SITES WEB

4 continents pour les tigres

http://www.avenir-tigres.com


version anglaise

4 continents for tigers

http://www.adventure-tigers.com


 
 
Alain Sennepin - Rathier 42830 Saint-Priest-la-Prugne FRANCE- Tél:04 77 62 94 37