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Ressusciter les tigres occidentaux d’Eurasie : le passé n’est qu’un prologue.

L’EUROPE a détruit sa propre culture de l’ours, puis les cultures  asiatiques du tigre, ainsi que la grande majorité des tigres
eux – mêmes.
Plus encore, en addition à l’ours, les Européens ont poussé vers l’extinction un axe clé de leur civilisation, qui fut aussi le tigre le plus extraordinaire qui ait jamais vécu (apparence, particularités physiologiques et écologiques, distributions mouvantes, cohabitation avec des hippopotames dans le delta du Nil il y a 6000 ans, et avec des rhinocéros laineux en Asie centrale en l’an 1000, comportement comparable à celui de l’ours européen
vis – à – vis des communautés humaines).
L’EUROPE doit agir concrètement pour les tigres et pour sa propre culture du tigre, sur son propre territoire.

« Enkidou, mon ami, Tigre du désert ;
après avoir triomphé de tant d’obstacles,
pourquoi es tu si sombre ?
Pourquoi ne me prends tu pas dans tes bras ?
Pourquoi ne lèves tu pas les yeux ? »

Oraison funèbre, dans
« L’épopée de Gilgamesh », Irak, 2700 av. J.C.

 

Je suis celui qui n’a pas osé suivre jusqu’au bout le tigre bleu
de l’Euphrate.
J’ai failli.
 Je l’ai laissé disparaître au loin
 et depuis je n’ai fait qu’agoniser.

Alexandre le Grand (dans Gaudé 2002).

 

Au printemps 2007, il restait probablement moins de 2000 tigres sauvages vivants en Asie. Leur extinction totale est programmée à très brève échéance, leurs milieux de vie étant réduits comme peau de chagrin par la surpopulation humaine d’une part,  les traficants d’organe opérant sans entrave depuis le début des années 2000, d’autre part,  avec des moyens décuplés par leur maîtrise totale du marché asiatique, des moyens de transport inédits (comme le transtibétain, inauguré en 2006) et de formidables complicités dans les pays pillés.
A ceci s’ajoute une indifférence totale et un silence assourdissant de l’Occident face à la disparition d’un miracle esthétique de l’évolution, qui a nourri spirituellement de nombreuses civilisations pendant des millénaires, dont la civilisation européenne.
Dans cette situation, il n’est sans doute pas inutile d’évoquer la mémoire d’animaux fort peu connus, les tigres occidentaux, dont l’aire de répartition s’étendait de la Chine occidentale à l’Europe orientale, et dont l’histoire dramatique semble bien être le prélude à la tragédie actuelle, alors qu’elle aurait dû constituer l’outil le plus efficace à la prévention de celle-ci.
De plus, il est certainement indispensable d’imaginer et de programmer un avenir pour des tigres sauvages en Europe.
 
Les tigres de la Caspienne (Panthera tigris virgata) appelés aussi tigres touraniens, tigres persans, tigres d’Hyrcanie, ont officiellement disparu dans la deuxième moitié du siècle dernier. Les autorités russes, dès le début du 20ème siècle (1912), avaient en effet décidé leur extermination par l’armée comme mesure préparatoire à la transformation de la steppe eurasienne en terre cultivée.
Ils furent la première sous – espèce continentale à être intégralement détruite par l’homme, ce qui constitua un prologue à l’extermination totale de l’espèce dans son entièreté à laquelle nous assistons aujourd’hui.

Il s’agissait d’animaux assez singuliers,  aussi grands que les tigres d’Inde, avec une fourrure abondante, des pattes énormes et des griffes gigantesques, mais au caractère plutôt jovial  (ils vivaient en immédiate proximité des villages ou même à l’intérieur de ceux – ci sans attaquer les êtres humains).

 

 

Leur aire de répartition à partir de l’aride post neolithique (il y a 4000 ans) était très spécifique, constituant un bandeau allant de la Chine à la mer noire, nettement séparée de celle des tigres d’Asie du sud – Est et d’extrême – Orient.

Leurs habitats préférentiels se situaient dans la végétation dense et touffue accompagnant les saulaies, peupleraies et roselières (qui peuvent atteindre 6m de hauteur)  qui bordaient les rivières.
Probablement en adaptation à ces milieux, la fourrure de ces animaux amphibies comportait plus de rayures que celle de leurs congénères orientaux, celles ci étant  plus rapprochées.
Les tigres occidentaux des roselières furent probablement les seuls félins intégralement striés dans l’Histoire du Monde. Aucun autre tigre ne l’est totalement, bien au contraire.
Les tigres orientaux ne sont véritablement striés que sur l’avant du corps juqu’aux épaules. Les motifs présents sur le reste de leur corps ne sont ni des stries ni à proprement parler des ocelles, mais des formes lancéolées évoquant plus ou moins nettement, selon les cas, des feuilles de menthe.

Leur installation dans des régions d’Asie occidentale est très ancienne.
Ils côtoyaient des hippopotames sur les rives du Tigre il y a plus de 5000 ans (Planhol 2004). Il n’est d’ailleurs pas exclu que leur cohabitation avec les grands pachydermes aquatiques ait concerné une aire plus vaste : en effet, du fait de ce que l’on sait du paysage du delta du Nil (Méditerranée orientale) à l’époque pré – dynastique, on peut raisonnablement conjecturer qu’aux côtés des grands troupeaux d’hippopotames régnant sur ce milieu, des tigres nilotiques fréquentaient la végétation dense du delta.
A cette époque, « l’optimum climatique humide holocène », qui suit la dernière glaciation du wurmien récent, la Mongolie est verdoyante, les tigres occidentaux sont reliés au flux génétique de leurs congénères orientaux, et leur aire de répartition s’étend largement du Nord au Sud de l’Eurasie.
Les hippopotames dominent un Sahara persillé d’une multiplicité de lacs dont deux sont de véritables mers intérieures, et un continuum fluvio - marécageux gigantesque allant du delta du Nil au lac Victoria (certains tigres ont donc peut – être été présents plus au sud en Afrique orientale).
Par la suite, la péjoration hydrique lors de  la période climatique dite « Aride post – néolithique » assèche Mongolie et Asie centrale, coupant le flux génétique entre tigres orientaux et occidentaux. La distribution de ces derniers prend une apparence dendritique : elle se réduit en latitude comme peau de chagrin, les lambeaux de celle – ci n’étant plus que d’étroits corridors autour des fleuves, des lacs et des mers intérieurs eurasiennes. Cette formidable régression biogéographique et isolation génétique fait du tigre de la Caspienne la deuxième sous – espèce de tigre distincte du pool initial (après celle des îles de la Sonde lors de l’optimum climatique humide).
  Mais la présence de ces animaux resta longtemps assez discrète.
Leur montée en puissance  coïncide avec, dans un premier temps, le recul des lions, dominants dans l’antiquité mais largement massacrés par les Egyptiens’ Assyriens, Perses, Grecs et Romains*.
La plupart des tigres des cirques de la Rome antique étaient des tigres de la Caspienne.
Ces animaux y combattaient des aurochs et des lions de l’Atlas.
Selon la légende le concernant,Saint Blaise, évêque arménien et martyr du début du 4ème siècle, s’était retiré dans une montagne où il côtoyait et guérissait de leurs maux ces félins, ainsi que des léopards, des lions, des loups et des ours.
Dans un deuxième temps, leur progression fut facilitée par une certaine déprise du territoire, d’abord au début de l’époque musulmane, puis avec la domination politique des pasteurs turcophones dans cette même région.
En l’an 1000, ces bêtes étonnantes partageaient leur territoire dans les steppes d’Asie centrale avec quelques lions, représentants résiduels des populations passées, des esturgeons centenaires longs de 10 mètres et d’une masse de 2 tonnes, et même des descendants des daims géants à large ramure et des rhinocéros à fourrure, véritables fossiles vivants jouissant d’une survivance tardive dans les steppes Pontiques et Caspiennes (pages 760 – 762, dans Xavier de Planhol. 2004. Le paysage animal. L’homme et la grande faune : une zoogéographie historique. Editions Fayard. 1127 pages.)
Ils étaient vraisemblablement présents en Ukraine au Moyen – âge.
On ignore jusqu’où le tigre de la Caspienne a étendu la partie occidentale de sa distribution.
Il n’est pas exclu, bien que nous n’en ayons aucune trace, qu’il ait existé de petites populations de tigres danubiens, qui ont peut – être eu l’opportunité, en suivant les berges du fleuve, de s’enfoncer au cœur de l’Europe.
Ces tigres étaient des symboles de renaissance aux yeux des nomades européens et asiatiques,  de la Mer Noire aux plaines de Mongolie , de la préhistoire à Gengis Khan . Ils sont entrés dans l’art de cette région et leur silhouette a orné les harnachements des chevaux comme les vaisselles funéraires et les pétroglyphes des Scythes et des Mongols.
Ils structuraient spirituellement les civilisations scytique puis alaine des contreforts européens (I. Lebedynsky,  Les Scythes, Errance 2001) de la même façon que le firent les ours jusqu’à l’antiquité tardive en Europe occidentale (M. Pastoureau. L’ours, histoire d’un roi déchu, Le Seuil 2007).
Le nom de « tigre » adopté par toutes les populations européennes de l’Atlantique au Pacifique leur fut attribué par les Mèdes et les Perses, qui s’émerveillaient de leur vitesse. En persan, « tigre » et « flèche » ne sont qu’un seul et même vocable.
Les persans l’appelaient « le tigre du Mazandaran » (province qui borde la Caspienne).
Selon la légende, le héros Rostam aurait victorieusement combattu l’un de ces tigres.
Par ailleurs, un mythe du Kurdistan iranien (dialecte gorani) a pour personnage principal un tigre de la Caspienne blanc .
Ils ont donné leur nom à un grand fleuve mésopotamien, d’après une ancienne légende selon laquelle un de ces animaux aurait transporté une princesse sur son dos à travers le fleuve, la jeune fille devenant enceinte une fois parvenue sur la berge opposée (J.P. Galhano Alves. 2000. Vivre en biodiversité totale. Diffusion ANRI).
« Le chevalier à la peau de tigre », poème épique géorgien du 12ème siècle, est considéré comme l’un des chefs d’œuvre de la littérature médiévale mondiale.
 Les européens du Moyen – Age  connaissaient l’existence des tigres uniquement à travers celle de cette sous – espèce. Ils sont représentés dans l’art de cette époque comme de grands léopards bleutés.
 Ils furent par la suite mentionnés par Shakespeare, puis, au 19ème siècle, par Alexandre Dumas (histoires des régions caucasiennes).
Une réserve naturelle avait été créée à leur intention par les autorités soviétiques sur le territoire de l’actuel Tadjikistan dans les années 30, où
ces animaux restaient encore relativement communs dans des écosystèmes ripicoles, dominés par les saules, les peupliers et les roseaux.  Elle fut nommée « Tigrovaya Balka ». L’absence de volonté réelle de protection n’a pas permis à cette structure de remplir son rôle.
Après leur destruction complète en territoire russe, les tigres de la Caspienne ont  survécu en très petit nombre en Afghanistan (où ils avaient subi un massacre de très grande ampleur en 1939), dans le nord de l’Iran et dans les zones densément recouvertes de forêts du sud du Turkmenistan.
Dans l’Est de la Turquie, on vendait encore 3 à 5 peaux de ces animaux, annuellement , aux caciques du pouvoir irakien, qui souhaitaient décorer leur palais de façon ostentatoire,  jusqu’au milieu des années 80. Ils semblent donc avoir  survécu en Anatolie orientale au moins jusqu’au début des années 90.
La créature dont l’existence a fondé la culture européenne du tigre s’est éteinte dans un silence assourdissant, victime d’un agricolisme exterminateur, mais aussi d’une absence d’opposition claire et déterminée à celui – ci.
A ce titre, et de même que les commanditaires des trafics actuels qui précipitent l’espèce vers sa fin sous sa forme sauvage, la responsabilité du clan des Takriti au pouvoir en Irak à cette époque est particulièrement écrasante. De ce point de vue, et en regard des aspects civilisationnels essentiels du tigre chez les européens, les slaves et les turco – persans, Saddam Hussein ne fut  pas seulement un des dictateurs les plus sanguinaires de la deuxième moitié du XXème siècle.
Il fut plus généralement un des pires criminels de l’histoire, en commanditant un acte irréparable à l’échelle continentale.

La république d’Azerbaïdjan a produit un timbre à l’effigie de l’animal en 1994.
Le 11 Juillet 2004, le ministère turc de l’Agriculture a officiellement retiré le tigre de la Caspienne, Panthera tigris virgata, de la liste des « espèces nuisibles », prenant acte de son extinction officielle.
Les indices de survivance actuelle de cet animal sont faibles. La forêt primaire du Sud du Turkmenistan, certaines régions d’Azerbaïdjan, d’Iran et d’Ouzbekistan, et peut – être certaines vallées himalayennes (on continue à faire état de l’observation d’empreintes en Afghanistan) pourraient être leur ultime refuge, mais les recherches effectuées en 2006 n’ont pas donné de résultat probant.
Il y a probablement  confusion, dans la plupart des cas, avec le léopard himalayen, lui – même devenu rarissime.
Les victimes du tremblement de terre de la fin 2005 au Pakistan ont tué un de ces animaux qui rôdait à proximité d’un campement à la fin du mois de mai 2006.
Son corps énorme a été exposé le 1er juin à la mairie de Muzaffarabad.
Plusieurs rapports avaient par ailleurs mentionné la capture et l’abattage d’un tigre persan dans le Nord Est de l’Afghanistan en 1997 (Source Wikipedia).
Aujourd’hui, le Waziristan, région montagneuse recouverte de forêts du Pakistan occidental, frontalière de l’Afghanistan, qui fut, depuis des siècles, et reste, plus que jamais, à peu près interdite d’accès à toute personne extérieure à la région, constitue peut – être, pour cette raison, le dernier sanctuaire potentiel de quelques tigres de la Caspienne.

L’animal continue à hanter aujourd’hui l’imaginaire occidental et européen.
Dans un ouvrage sur la Turquie publié en 2002, Tim Cahill raconte le parcours d’un journaliste à la recherche de la bête fabuleuse dans les régions orientales du pays. Sa nouvelle s’intitule : « Quelqu’un a t-il vu un tigre dans les environs ? »
L’auteur y évoque notamment la taille impressionnante du félin (« only the siberian tiger is larger ») et sa fourrure olivâtre (« khaki fur »).
David Prynn, auteur d’un article « Caspian tiger. a lesson from history » en 2003, et d’un ouvrage sur le tigre sibérien en 2004, considère que si les russes sont parvenus à sauvegarder le géant oriental, c’est peut – être en partie  par la volonté de ne pas rééditer la triste histoire de son cousin occidental.
Ces préventions supposées ont malheureusement volé en éclat depuis lors, avec les conséquences que l’on sait…
Le dramaturge français Laurent Gaudé a réalisé une pièce dont le texte a été publié en 2002  par les Editions Actes Sud : « Le tigre bleu de l’Euphrate ».
La pièce a été représentée notamment au théâtre « Les Ateliers » à Lyon du 16 janvier au 4 février 2007.
Il y décrit l’agonie d’Alexandre le Grand, qui se remémore les moments importants de sa vie épique.
Ce fondateur de la culture et de la civilisation européenne raconte notamment ce qui fut l’événement déterminant de son existence, la rencontre avec un grand tigre céruléen, le tigre bleu de l’Euphrate, au pelage de lapis-lazuli, qui lui permet de traverser le fleuve à travers un gué connu de lui seul et lui montre le chemin pour ses conquêtes à venir.
Le conquérant jure alors fidélité à son guide surnaturel.
N’ayant finalement pu honorer cette promesse, Alexandre est alors frappé d’une langueur fatale.
Cette allégorie historique illustre l’effondrement de la civilisation européenne dans une dépression collective sans fond du fait de la trahison de ses principes originels, d’avoir « laissé mourir le tigre » comme disent les peuples sibériens familiers de cet animal…
Elle témoigne aussi d’une incommensurable nostalgie subconsciente pour une époque
où hommes et grands animaux sauvages entretenaient des relations équilibrées basées sur une fascination sans doute réciproque, et d’une faim inextinguible de sa résurrection**.

UN AVENIR POUR LES TIGRES EN EUROPE
Les Européens ont « laissé » (dans le meilleur des cas) disparaître le tigre le plus singulier par sa distribution, son apparence, son comportement et son histoire, qui a structuré leur imaginaire préchrétien au même titre que l’ours brun avec lequel il forme un binôme indissociable.
Qui plus est, ils ont totalement inversé les perspectives vitales de l’espèce entière lors de la phase historique de domination politique de l’Asie, où ils ont détruit les bases des cultures locales du tigre en massacrant celui – ci à grande échelle et démontrant du même coup aux populations que l’animal n’avait pas le caractère divin imaginé jusque - là, puisqu’il était incapable de s’opposer avec succès aux attaques des occupants.
Il s’agit là d’une simple redite de l’imposition des normes christiano – étatiques à l’Europe païenne par Charlemagne, qui passa par des campagnes d’exterminations massives des ours, divinités premières et rois des animaux aux yeux des populations qui subirent ainsi une terrible oppression et une éradication de leur imaginaire référentiel (Pastoureau 2007).

Il est donc plus que temps que l’Europe réapprenne qu’elle a eu sa propre culture du tigre, et que celle – ci soit réhabilitée, promue et largement démocratisée (les outils éducatifs, médiatiques et communicationnels en général peuvent avoir un effet démultiplicateur, de ce point de vue, sur la prise de conscience collective).
Des espaces ripicoles, (danubiens ou autres), devront pouvoir accueillir dans un second temps des noyaux familiaux féralisés.
Les changements climatiques en cours amèneront sans doute, de plus, à considérer d’un œil nouveau certains espaces scandinaves (voire écossais).
C’est autour de projets fédérateurs que l’Europe s’est construite.
C’est grâce à un projet original qu’elle peut aussi se réconcilier avec elle – même et trouver une puissance dynamique nouvelle, une fois libérée des démons de la culpabilité vis – à – vis d’un passé qui ne passe pas, aussi bien pour l’Ours, roi injustement déchu, que son alter ego, le Tigre, dont le destin fut encore plus tragique.

* Il est fort improbable, en effet, que les tigres aient pu soumettre les lions à une quelconque pression compétitive. Tout montre que c’est plutôt le contraire qui se produit généralement. Individuellement, le lion est un prédateur moyen, mais, du fait de ses habitudes sociales, un très bon compétiteur. Le tigre, malgré sa plus grande taille et ses plus grands talents prédationnels, fera preuve d’une plus grande timidité que le lion et aura souvent tendance à éviter ce dernier lors d’une rencontre entre mâles. Les dompteurs savent que les tigres se soumettent la plupart du temps aux lions quand ces animaux doivent travailler ensemble. Et lors des combats entre tigres et lions organisés à Rome, les premiers avaient le plus souvent le dessous.
Avant que les hommes n’interfèrent de façon sensible dans la distribution des grands félins, les lions, à partir de leur berceau d’Asie centrale, se sont répandus sur la totalité des espaces continentaux non forestiers : d’une part, à l’ouest (Europe), puis au Sud (Afrique), et d’autre part, à l’Est (Asie du Nord – Est, et notamment Inde du Nord, puis Amérique du Nord) puis au Sud (Amérique centrale et méridionale).
Ils restèrent les félins dominants de l’Inde du Nord jusqu’à la période proto historique.
Leur présence fut par contre négligeable en Chine où le milieu était saturé depuis des dizaines de millénaires par la surdominance du tigre, qui régnait sur ce gigantesque espace recouvert de forêts à 90%, comme elle le fut en Amazonie où le jaguar occupait une position analogue.
Aujourd’hui, à l’heure des modifications climatiques rapides dans les zones circum - polaires, on observe le même type de compétition entre plantigrades géants : les ours polaires subissent la pression compétitive des grizzlis, comme dans le passé, les tigres subirent celles des lions au sein des grands digitigrades prédateurs.

**Une directive européenne oblige d’ailleurs chaque pays de la Communauté européenne à restaurer sa faune originelle (in :Dieudonné (F) et Huet (Ph). 1997. Canis lupus chez les Latins. Science et Nature 74, 30 – 42).
Panthera tigris virgata appartient à cette faune originelle.
Le retrait de Panthera tigris virgata de la liste des animaux nuisibles par le gouvernement turc n’est pas le point final à l’histoire des tigres occidentaux, mais au contraire a vocation à être la première étape de leur renaissance. Trois ans après cette décision,  il est temps que l’Europe engage une politique volontariste pour faire revivre le tigre dans des espaces qui furent les siens.
S’affanchissant d’une pusillanimité nécrosante, l’Europe doit, cette fois – ci, oser suivre jusqu’au bout le Tigre Bleu.

 

 

 

 

 
 
Alain Sennepin - Rathier 42830 Saint-Priest-la-Prugne FRANCE- Tél:04 77 62 94 37