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L'Inde vers un nouveau Mahabharata

Reconstruire Khandava

  1. Une arrivée tardive, un essor spectaculaire
  2. L’âge d’or : vivre avec le tigre
  3. L’occupation et le massacre
  4. Un « Taj Mahal » en ruines
  5. Le MAHABHARATA (la grande bataille)

 

 

Présent en Chine, berceau originel de l’espèce, depuis 1,8 million d’années, le tigre n’apparaît en Inde que lors du Pleistocene supérieur (il y est dûment authentifié par des restes fossiles il y a 15 000 ans) . sa présence y reste discrète jusqu’à l’Holocène, période à laquelle le sous – continent, particulièrement aride jusqu’alors, verdit considérablement, les forêts subtropicales connaissant notamment une impressionnante remontée vers le Nord, jusqu’aux contreforts himalayens. L’animal remplace alors le lion comme prédateur principal de la région, et connaît un développement important de ses populations.
Il y a 6000 ans, l’Inde n’est peut – être pas moins « saturée » de tigres que la Chine au cours de la période interglaciaire précédente, 40 000 ans plus tôt.
Ce climax écologique coîncide avec la présence de populations aux cultes traditionnels de type shivaïte, qui vénèrent le grand fauve, recherchent sa protection et évitent la confrontation avec lui.
Une double rupture se produit ensuite. L’Aride post néolithique, qui bouleverse les écosystèmes et fragilise les tigres, correspond à l’arrivée de populations nomades occidentales conquérantes, venues des plateaux iraniens.
Celles – ci s’imposent aux habitants de culture shivaïte et imposent une vision indo européenne basée sur le culte de la force et la domination de la Nature. Le culte du tigre est mis à rude épreuve : les vainqueurs réintroduisent un culte du lion, animal emblême de leur culture originelle centre asiatique, dont le changement climatique provoque un certain retour en Inde septentrionale.
L’inde du Nord est alors massivement défrichée, comme le fut la Chine du Nord 10 000 ans auparavant.
C’est ce que raconte, de fait, le Mahabharata, immense poème épique fondateur de la civilisation indienne de l’Antiquité à nos jours, et qui constitue une synthèse des cultures des primo occupants et des conquérants, la première ayant eu, en fin de compte, une influence considérable sur la seconde et la pondérant dans des proportions significatives.
Mahabharata signifie « La Grande Bataille » et décrit la guerre entre deux clans d’Inde du Nord, qui provoque la mort de 18 millions de personnes.
L’épisode le plus révélateur de ce poème est celui de la destruction de la forêt de Khandava et du massacre des animaux qu’elle abrite par deux des héros « positifs » du texte, Krishna et Arjuna, aidés par le dieu du feu Agni, et ce sans raison explicable ou justifiable d’une quelconque façon.
Par la suite, Arjuna en ressent un remords et un écoeurement qui ne le quitteront plus.
L’ecocide n’est d’ailleurs pas total, le serpent Taksakha ayant échappé à la folie meurtrière des destructeurs de la forêt, tout comme il tiendra ultérieurement victorieusement tête au roi ophidiophobe Janamejaya, en tant que résistant invulnérable et probablement éternel au déchaînement. Cet aspect renforce le caractère vain, gratuit et totalement absurde de ce massacre surdimensionné.
Beaucoup plus tard, le clan vainqueur célèbre sa victoire par un « sacrifice du cheval blanc », cérémonie d’origine iranienne où le sacrifice prend une dimension, dans une durée, et selon des modalités qui n’ont jamais eu d’équivalent au monde (y compris chez les Aztèques).
A la fin de cette cérémonie qui laisse l’âme interdite et pétrifiée, une mangouste géante dorée aux yeux bleus surgit, et s’adresse aux officiants en leur expliquant le caractère absolument insensé d’une telle débauche sacrificielle, l’offrande d’un grain de blé étant nécessaire et suffisante en l’occurrence.
Cet animal énigmatique, précise le texte, est l’expression de la Colère.
A la fin du poème, le patriarche du clan vainqueur, seul survivant à l’issue d’un voyage pénible et dangereux dans les neiges de l’Himalaya, accède au monde céleste en y emmenant avec lui un chien inconnu qui s’était joint au cortège lors de la terrible marche à la mort sur les sommets glacés. Il y parvient à force de détermination, malgré les interdits (puis les arguments sournois et malhonnêtes) d’Indra, qui est en quelque sorte le Zeus indo iranien, pour qui il est impensable qu’un vulgaire chien accède au monde céleste. Ce dernier y accède finalement bel et bien , révélant par la même occasion sa divinité.

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Aucune autre culture au monde n’a traité dans son texte fondateur la question du rapport à la Nature et aux Animaux, comme élément central de toute réflexion et action, et ce avec une telle puissance et sous une approche si singulière.
C’est ce texte qui fonde l’âme de la civilisation indienne et qui a fait de celui – ci un phénomène unique dans le monde des macrosociétés humaines.
L’émergence d’une idéologie structurée de la compassion, le Bouddhisme, au 7ème siècle avant notre ère, puis son avènement provisoire comme religion d’Etat au 4ème siècle av. J-C (l’Empereur Ashoka crééra à cette occasion les premières réserves naturelles intégrales) ne sont qu’un aboutissement institutionnel à un fond culturel extrêmement profond et solide.

Comme cela avait été le cas lors de l’optimum humide néolithique, des communautés tribales forestières vivant à cette époque en harmonie culturelle avec les tigres et leur environnement naturel, l’Inde va vivre, du 3ème siècle av. J-C, au 7ème siècle de notre ère, un millénaire correspondant à un véritable âge d’or, où une civilisation urbaine brillante est enchassée dans un fourmillement de communautés rurales en empathie culturelle avec le milieu naturel environnant, le tigre en étant à la fois le symbole social et la clef de voûte écologique.
Cette situation s’est perpétrée jusqu’à très récemment dans certaines régions, comme la vallée de Sariska, au Rajasthan.

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Une seconde rupture coïncide avec l’invasion musulmane. Celle – ci provoque dans les communautés villageoises une saignée d’une ampleur inédite et dont on ne trouvera que peu d’équivalents dans l’Histoire. Par ailleurs, comme lors de la domination nomade occidentale protohistorique, mais à une échelle sans doute encore beaucoup plus vaste, les tigres sont traqués, notamment lors de chasses royales gigantesques. Des tableaux représentant celles – ci, qui ont sans doute une dimension allégorique, où l’on voit des tigres de couleurs variées, éventrés ou décapités par dizaines, évoquent les tueries de lions représentés sur les bas reliefs assyriens de l’Antiquité illustrant la puissance du roi Assurbanipal.
Cet épisode débouchera néanmoins, pour un millénaire, sur une Inde officiellement islamique, en réalité dirigée par des musulmans qui restèrent toujours démographiquement minoritaires et où les vaincus finiront par imposer une part significative de leur culture aux occupants (comme le firent les Chinois lors de l’occupation mongole biséculaire).
Les princes moghols revendiquent volontiers leur parenté avec le Tigre, ce qui ne les empêche pas de sacrifier celui – ci (comme le firent, à la même époque, les Aztèques avec les jaguars au Mexique).
Les persécutions intenses subies par les grands félins péjorent leurs relations avec  les communautés humaines, et se retourne contre des populations innocentes. Les tigres se déchaînent parfois contre tout ce qui a un caractère domestique ou anthropique, provoquant, dans certains cas extrêmes, l’exode de populations terrifiées, cherchant vainement une explication à l’effroyable colère de leur divinité tutélaire.
A partir de 1750, la domination européenne, anglaise en l’occurrence, qui durera 2 siècles, provoque un séisme écologique, culturel et social.
Les tigres, présents par centaines de milliers à la fin de l’ère musulmane, voient leurs effectifs s’effondrer (ils sont divisés par au moins 30 en deux siècles).
Le résistant musulman Tippu Sultan combat les anglais sous la bannière du tigre.
L’Empire Romain avait eu, en son temps, l’ambition de « libérer l’Afrique des lions ».
L’Angleterre victorienne « libère l’Inde de la Tyrannie du Tigre ». Les agents les plus idéologiquement impliqués dans cette croisade sont sincèrement convaincus du caractère sacré et rédempteur de leur Nature de meurtriers conquérants, sans laquelle « les Tigres seraient les Maîtres de la Terre ».
Les Indiens perdent leurs repères culturels, ne sachant plus que penser des uns ou des autres dans ce tourbillon meurtrier. La qualité et l’espace d’influence des cultures du tigre se réduisent alors comme peau de chagrin.
C’est dans cet état que l’Inde devint indépendante.

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L’explosion démographique et la destruction des milieux naturels au cours du premier quart de siècle de l’union indienne (1947 – 1972), qui s’effectuent dans un climat culturel moderniste et matérialiste, amènent le tigre indien au bord de l’extinction.
Les autorités réagissent alors vigoureusement, mettant en place, avec détermination et esprit de suite, un plan de protection audacieux, le « Tiger Project », qui donne en une décennie des résultats spectaculaires : les effectifs du grand félin sont multipliés par 3 ou 4 au cours de cette période.
La mort d’Indira Gandhi, dont l’implication personnelle continue dans cette action avait été déterminante, porte un coup fatal au Projet, officiellement maintenu (et dont se prévalent d’ailleurs les autorités actuelles pour faire valoir des résultats fictifs) tout en n’étant plus qu’une coquille vide.
Dès les premières années suivant le décès de Mme Gandhi, le recul du tigre était patent dans tout le pays.
Jusqu’à aujourd’hui, dans un déni complet de la réalité, les autorités indiennes affirment vent debout que les effectifs sont restés stables depuis 25 ans, soit 3000 individus, malgré les constats alarmistes établis régulièrement par les plus grands spécialistes du pays (Valmik Thapar, Bittu Sahgal, Billy arjan Singh).
Un rapport du Wildlife Institute of India, publié dans le Times of India du 24 Mai 2007 a d’ailleurs fait litière de ces inepties officielles, cette étude sérieuse et indépendante concluant à la survie de 500 à 800 tigres dans le pays .
Le « Taj Mahal de la Nature indienne est en ruine depuis 25 ans, et il est temps de lui offrir une réhabilitation et une rénovation radicale plutôt que de camoufler piteusement ses gravats derrière des paravents décorés de la trompeuse joliesse des publicités touristiques.

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L’Inde peut et doit assurer un avenir à ses tigres sauvages. La siutuation actuelle étant fondamentalement différente de celle d’il y a 36 ans, un nouveau Tiger Project ne peut avoir ni les mêmes contours ni les mêmes modalités d’application que celui qui fit merveille au cours des années 70 mais laissa souvent des populations désemparées.
La réhabilitation et  la reconstruction d’une ou de plusieurs cultures du Tigre est absolument  indispensable si l’on veut renouer avec un certain équilibre écologique et social.
L’essentiel passera par un changement du regard des gens sur les grands prédateurs qui sera peut – être plus facile ici qu’ailleurs dans la mesure ou l’empathie fut la règle dans des espaces et sur des échelles de temps sans comparaison avec le reste du monde.
L’Inde doit engager cette « Grande Bataille », ce nouveau  Mahabharata, qui consiste  bel et bien en la reconstruction de la forêt de Khandava, et qui permettrait peut – être à Arjuna d'aller vers sa guérison.

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Alain Sennepin - Rathier 42830 Saint-Priest-la-Prugne FRANCE- Tél:04 77 62 94 37