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Qui est vraiment le tigre ?
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QUI EST VRAIMENT LE TIGRE ?

 

 

 

Classification

Le tigre (Panthera tigris) est un digitigrade (qui marche en s’appuyant sur ses doigts) carnivore, appartenant à la famille des Felidés (animaux de la famille du chat).
Plusieurs sous – familles ont existé au cours de l’histoire évolutive des félidés, particulièrement celles de « tigres à dents de sabre (appelés aussi, et de manière plus appropriée, « félins à dents de sabre »), représentées par de très nombreuses espèces différentes – probablement des centaines -.
Les sous – familles les plus connues étaient les Machairodontinés eurasiens d’une part, les Smilodontinés américains d’autre part (Turner et Anton 1997).
Ces animaux n’existent officiellement plus depuis la fin du Pleistocene supérieur, mais la question est controversée (Heuvelmans B. 2007. Les félins encore inconnus d’Afrique. Editions de l’œil du Sphinx).
Il ne subsisterait aujourd’hui qu’une seule sous – famille, les Félinés, comportant 37 espèces.
De fait, tigres et « tigres à dents de sabre ne sont en aucune manière de proches cousins.
Une majorité de systématiciens classent les tigres dans le genre Panthera (les « très grands chats ») au même titre que le lion, le léopard ou le jaguar.
D’autres le placent dans le genre Neofelis aux côtés de la panthère nébuleuse, félin des forêts d’altitude d’Asie du Sud, que les malais appellent « tigre des arbres ». Cet animal compte probablement deux espèces, dont l’une endémique à Bornéo ? Excellente nageuse, elle possède des canines si longues qu’elles évoquent celles des félins à dents de sabre.
La panthère nébuleuse est un « grand chat » au même titre que l’once (léopard des neiges) et le puma.
Processus de spéciation : le lion des cavernes strié
Le tigre est vraisemblablement le produit de l’évolution particulière d’une population de lions.
Lions, tigres, jaguars et léopards résultent de radiations à partir d’un ancêtre commun vieux de 5 millions d’annéeset qui était certainement très similaire, sur le plan morphologique, au léopard actuel.
On trouve des lions à l’état fossile vieux de 3,5 millions d’années. Les tigres leur sont très étroitement apparentés génétiquement.
Les lions les plus anciens possèdent à la fois des caractères anatomiques « de lion » et « de tigre ».
Les lions des cavernes ont été considérés comme des tigres par le paléontologiste allemand Joseph Groiss en 1996. Il les nomma respectivement Panthera tigris spelaea et P.t.atrox.
Ces animaux étaient dans de nombreux cas légèrement striés, et parfois de façon plus affirmée.
Un artiste chinois a peint sur un parchemin un félin énorme au manteau laineux, dont la fourrure claire semblait unie (avec des stries sur les pattes et la queue). Peut – être était -) ce un lion des cavernes (Marshall – Thomas 1994). Les stries transversales sont positionnées de la même manière dans les reconstitutions du lion géant américain Panthera atrox.
Panthera youngi, qui vivait dans le nord est de la Chine, est considéré par certains paléontologistes comme conspécifique de P ; spelaea et P.atrox, et comme un tigre primitif par d’autres.
Les squelettes des deux espèces (lions et tigres) sont pratiquement indiscernables (à l’exclusion des pattes).
Aujourd’hui, les morceaux de lions de Gir braconnés sont vendus comme des produits issus de tigres.
Les deux animaux sont aisément interféconds, formant des hybrides appelés « ligron » quand le père est un lion et « tigron » quand celui – ci est un tigre.
De plus, alors que les tigres sont habituellement considérés comme des animaux plutôt solitaires, contrairement aux lions connus pour leur organisation sociale, dans les rares endroits, en Inde, de densité importante de tigres sauvages, des techniques de chasse coopérative du type de celle des lions a pu être observée.
Turner et Anton (1997) précisent qu’il y a incertitude sur le fait que la chasse solitaire soit ou non un développement relativement récent dans la stratégie sociale et prédatrice du tigre. De plus, des observations effectuées au cours d’études comportementales de ces animaux suggèrent qu’ils sont potentiellement aussi sociaux que les lions.
Il est donc au moins possible que les tigres résultent de l’évolution séparée d’une population de lions .
Ce processus a pu être rapide, comme c’est actuellement le cas pour la disociation spécifique entre guépard et guépard royal en Afrique (voir à ce sujet : L. Bottriell 1987 King Cheetah : the story of a quest, et B.Heuvelmans 2007 Les félins encore inconnus d’Afrique, eds. L’œil du Sphinx).
Une reconstitution crédible pourrait être la suivante :
Il y a 2 millions d’années, une famille de lions des cavernes chinois, dont certains individus étaient légèrement striés, se sont réfugiés dans la végétation dense des marais du bassin du Fleuve Jaune pour échapper à la pression compétitive d’un autre clan.
En quelques siècles, et peut – être même seulement en quelques décennies de séparation écologique et de modification de l’apparence générale de la fourrure, le marais produisit le tigre.
Peut – être des mutations homologues se sont – elles produites également en Europe et en Amérique, mais en tout état de cause, ces phénomènes non avérés n’ont pas pu se viabiliser, et leur existence éventuelle ne nous est révélée par aucun indice.

 

 

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Reproduction et hybridation

Les tigres se reproduisent de façon saisonnière, les femelles étant en chaleur quelques jours par an. Elles ont des portées de 2 à 7 chatons (appelés tigreaux ou tigrillons). La période de grossesse est courte (103 jours).
Au sein de populations vivant sous la menace permanente des hommes, les femelles augmentent de façon significative leur rythme de reproduction (elles commencent à avoir des portées plus précocément, puis suivant des périodes plus rapprochées).
Sans perturbation, et avec suffisamment d’espace et de proies, les populations relictuelles encore existantes pourraient ainsi connaître une croissance rapide.
L’animal a des capacités gigantesques de résilience.
Ordinairement, les tigresses s’occupent seules de leurs petits, et elles doivent les protéger des mâles. Dans certains cas (observations réalisées dans une forêt du Bengladesh ), le père aide la mère et entretient de bonnes relations avec ses enfants. Peut – être est ce aussi une stratégie adaptative à la situation présente d’extrême précarité.
On sait que les tigres s’adaptent d’ores et déjà à une socialité artificiellement contrainte dans les cirques, et plus encore dans les centres de reproductions (ou « fermes »). En Chine, deux de ces établissements regroupent chacun un millier d’individus.
Et en tout état de cause (comme cela a déjà été mentionné plus haut), les tigres peuvent se montrer, dans certaines circonstances, aussi sociaux que les lions.

Les tigres peuvent produire des hybrides avec le lion et le léopard, et même avec le jaguar en captivité.
Concernant les hybrides lion/tigre, qui sont les mieux connus, il est clairement établi que, du fait de mécanismes génétiques de régulation sociale au sein des populations léonines, un ligron (hybride lion/tigresse) est olus grand que ses parents, contrairement au tigron (hybride tigre/lionne) qui est plus petit qu’eux.
En Décembre 2007, il y a plusieurs centaines de ligrons aux USA, qui peuvent être considérés, pour beaucoup d’entre eux, comme de véritables animaux de compagnie.
Ils sont les félins les plus volumineux de notre époque (les mâles peuvent parfois excéder une demi – tonne).
Au Pleistocène supérieur, les lions américains avaient un volume comparable à celui des tigrons d’aujourd’hui. Ils étaient plus grands que leurs congénères eurasiens, eux – mêmes plus volumineux que les lions africains.
Il n’est pas exclu que ces animaux se soient occasionnellement reproduits avec des tigresses (présentes en Alaska il y a 100 000 ans –voir à ce sujet Turner et Anton 1997 -), avec, comme résultat probable, des hybrides mâles de la taille d’un ours blanc.
Si les tigres américains étaient plus volumineux que leurs congénères sibériens (à l’issue du mécanisme déjà observé chez les lions), le « produit » pouvait être encore plus impressionnant.
Dans un sanctuaire pour grand félins crée par l’actrive Tippi Hedren, une femelle tigron nommée Noelle eut un enfant d’un tigre de Sibérie, un « ti – tigron ». Sur le plan communicationnel et linguistique, Noelle pouvait s’exprimer aussi bien en lion qu’en tigre, mais elle parlait seulement tigre à son fils.

 

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Un large spectre écologique

Les tigres peuvent vivre dans des conditions climatiques et végétatives très variées.
Des marécages géants du bassin du Fleuve Jaune qui furent leur matrice originelle (ce qui explique la striation de leur pelage, phénomène unique chez les félins sous cette forme), ils se répandirent rapidement, d’une part, vers les forêts nordiques et même au – delà, dans les marécages glacés jusqu’au 72ème parallèle, et d’autre part, vers les forêts subtropicales, au Sud, jusqu’à Bornéo et peut – être même Sulawesi.
Ils sont les grands félins – plus encore que les jaguars - les plus aquatiques et les meilleurs nageurs (zones marines incluses) . Au sein des Félifés, seul le chat pêcheur (petit félin aquatique aux pattes palmées) leur est supérieur dans ce domaine.
Comme cela a été mis en lumière par les meilleurs spécialistes (comme Valmik Thapar), les tigres peuvent s’adapter pratiquement à toute forme de contexte écoclimatique (s’ils ne subissent pas des agressions massives), et notamment les villages et les villes (au même titre que les léopards).

 

 

 

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Stries, couleurs, taille :une merveille irremplaçable

 

STRIES : UN PANTHERINAE « TACHETE » EN ADAPTATION


Sur le plan évolutif, beaucoup d’éléments laissent à penser que les robes au sein du genre Panthera était originellement recouvert de stries longitudinales. Ces rayures connurent une fragmentation secondaire pour établir des chaînes de tâches. Dans un troisième temps, les tâches « brisèrent leurs chaînes » pour se disperser partout sur la fourrure (guépard) ou se redéployer en ocelles de grandeur et de complexité variables (léopard, jaguar). La dernière étape est celle d’une fusion des tâches ou des ocelles qui produit de gigantesques marbrures (panthère nébuleuse) ou des stries transversales (tigre) (Heuvelmans 2007, mentionné plus haut).

Une fourrure tâchetée et un visage tiqueté (ou moucheté) sont des phénomènes communs chez les espèces du genre Panthera (comme chez de nombreux félins, de manière plus générale). Ce pourrait être un élément important d’efficacité pour des prédateurs qui doivent rester dissimulés aux yeux de leurs proies potentielles. Même les lions et les pumas sont largement tâchetés quand ils sont jeunes, les lions adultes conservant des tâches sur les pattes et le bas des flancs (certains pumas aussi, mais de façon moins spectaculaire).
Les guépards sont tiquetés et tâchetés, les léopards ont majoritairement des petites ocelles.
Les tiquetage et marquetage de la fourrure sont dépendants de plusieurs paramètres corrélés parmi lesquels les préférences écologiques, les techniques de chasse, la socialité et la dominance.
De ce point de vue, un félin des milieux ouverts n’accusera pas de contraste net entre ses tâches éventuelles et le reste de sa fourrure s’il est social, à l’inverse d’un animal solitaire opérant dans le même milieu.
Les félins solitaires vivant dans les hautes herbes sont couverts de combinaisons de tâches, les ocelles (parfois appelées aussi rosettes du fait de leur apparence en forme de fleur). Il s’agit là d’un résultat intermédiaire qui peut aller jusqu à la striation.
Ainsi, de nombreux léopards ont à la fois des ocelles « classiques » et des protostries sur leur pelage.
Plus la végétation est haute et dense, plus poussé est le processus de striation.
Les guépards rois d’Afrique du Sud sont beaucoup plus striés que tâchetés. Leurs stries sont longitudinales (comme chez de nombreux félins) et très larges (plus encore que chez le tigre d’Indochine). Ce qui fait du guépard roi une merveille absolue de la Nature est le niveau de contraste entre sa fourrure pâle et ces stries énormes d’un noir de jais.
Le seul félin massivement strié transversalement, le tigre, est donc probablement originaire de milieux ou la végétation était à la fois particulièrement dense et haute, comme les roselières qui bordent de grands fleuves ou recouvrent des marécages. Ces milieux ont longtemps constitué de véritables fourrés particulièrement épais avec des plantes majoritaires atteignant six mètres de hauteur.
Provenant vraisemblablement d’une population de lions des cavernes légèrement striés, repoussés par d’autres dans ce milieu qui ne leur était pas habituel, ils ont subi une évolution du pelage liée d’une part, à la nature de leur nouvel environnement, et d’autre part à un passage à la vie solitaire qui leur permettait d’échapper à une trop grande pression compétitive des lions sociaux dominants (cette adaptation a permis aux léopards de se maintenir dans les terrains ouverts africains malgré la présence des lions, des hyènes et des lycaons, et en Asie du Sud malgré celle des tigres et des dhôles).
Le milieu originel de ceux qui allaient devenir les tigres a aussi déterminé l’aquiphilie très prononcée de ces animaux.
Les tigres possèdent en moyenne plus de 100 stries sur leur fourrure.
Au contraire, les félins solitaires d’origine forestière ne sont ni tâchetés ni striés, mais couverts d’ocelles géantes extrêmement complexes comme dans les cas du jaguar ou du léopard de la taïga. Dans les forêts d’altitude et les montagnes, les ocelles s’agrandissent encore pour devenir des marbrures, comme c’est la cas chez l’Once, la panthère nébuleuse et le chat marbré.
Par ailleurs, les tâches du guépard, les ocelles du léopard et du jaguar, ainsi que les stries du tigre peuvent être surdimensionnées jusqu’à entrer en conjonction, résultant en l’apparition d’individus partiellement ou totalement mélaniques (représentant une minorité plus ou moins significative d’une population selon les régions et les espèces ou le phénomène s’exprime.
Les tigres forestiers connaissent un processus d’ « ocellation ». Leurs stries sont moins nombreuses, et leurs flancs, notamment, sont recouverts d’ocelles allongées, les lancéoles, qui sont d’anciennes stries en voie d’ocellation.
Plus le tigre est forestier, plus ses lancéoles sont nombreuses et ressemblent à des ocelles.
Un tigre des marécages est surtout srié, un tigre forestier est surtout lancéolé (si les deux vivent dans leur milieu respectif depuis de nombreuses générations).
Les tigres de la Caspienne, à la distribution circonscrite –à partir de la période historique – aux berges de fleuves et lacs eurasiens furent probablement les seuls tigres exclusivement striés. C’est pour cela qu’ils furent appelés Panthera tigris virgata (« tressé »).
Leurs stries étaient plus nombreuses et plus rapprochées que celles d’aucun autre tigre.
En corrélation avec d’une part leur écosystème de prédilection, et d’autre part la génétique de leurs ancêtres léonins, leurs stries n’étaient pas noires, mais grises et café au lait.

UN TRES LARGE SPECTRE CHROMATIQUE


Le tigre, dans son évolution et sa diversité, est comme un drapeau tricolore.
Personne ne connait exactement l’apparence des pelages des premiers tigres. De fait, à partir de la robe claire et partiellement striée de la souche « lion des cavernes », il y eut probablement, comme souvent en pareil cas, une phase critique « d’essais et d’erreurs » pendant laquelle de nombreuses combinaisons individuelles ou familiales apparurent pour s’effacer rapidement du fait de leur inefficacité adaptative.
On sait par ailleurs que chez certains félins, un seul individu peut changer de « livrée » de façon extrêmement spectaculaire au cours de sa vie (cas du chat doré africain qui, de complètement roux, peut devenir gris et tigré avec le ventre blanc - in Heuvelmans 2007, mentionné plus haut-).
Les périodes de prospérité pour les tigres ont offert à ceux – ci une richesse génétique qui s’exprima à travers différentes combinaisons tricolores avec la pâleur ventrale comme seule constante.
Karl Shuker, dans son chapitre consacré aux « tigres multicolores » (dans son ouvrage : Mystery cats of the world. 1989. Robert Hale eds.) répertorie de nombreux cas originaux.
Le « classique » orange/fauve/marron, couleur dominante la plus fréquente chez ces animaux, couvre en fait, selon les régions et les variations individuelles, le spectre complet du spectre chromatique du « rouge », allant du jaune pâle au brun foncé.
Les stries sont souvent nettement plus sombres que le reste de la fourrure, mais parfois élusives, et même invisibles.
Ainsi, des cas d’animaux uniformément bruns ont été mentionnés, c’est – à – dire dotés d’un pelage quasi léonin.
Le contraste important apparaît comme une adaptation secondaire aux forêts et aux milieux ouverts arides : originellement, le pelage des tigres des marais devait plutôt être jaunâtre/grisâtre, avec des stries faiblement contrastées – et donc légèrement plus sombres – des mêmes couleurs jaune/gris.

L’albinisme est rare chez les tigres. On connaît quelques cas d’animaux à la fourrure crème, à la rétine dépigmentée et aux stries quasi indiscernables.
Par ailleurs, des tigres blancs aux yeux bleus (mutants non albinos) ont déjà été observé à l’état sauvage en Inde, Chine, Corée.
De nos jours, la reproduction de tigres blancs aux yeux bleus est nettement encouragée dans de nombreux parcs, et ce dans le monde entier. Leur démographie est clairement en expansion, particulièrement en Europe, Amérique et Australie. Cette forme d’élevage intensif et sélectif a parfois des conséquences néfastes – comme toute lignée « pure », ces animaux sont fragiles : jusqu’à 80% de mortalité infantile, déformations faciales.
Des dizaines d’individus sont morts en novembre 2003 dans le parc de Bubaneshwar, en Inde, victimes d’une épidémie énigmatique.
Un ancien directeur de l’Institut Pasteur a même envisagé l’hypothèse que la crise de la vache folle ait pour origine le décès, à la suite d’une encéphalopathie, de tigres blancs dans un parc anglais dans les années 70, dont on aurait ensuite transformé les carcasses en farine animale…
Certains individus ont une fourrure duveteuse, presque laineuse, sans strie apparente.
D’autres ont à la fois, sur le pelage d’un seul individu, des stries jaune, rouge et café au lait.
Il existe aussi des tigres « rouge pâle » au pelage légèrement plus foncé que celui des autres tigres blancs.
Dans son roman « le désert de Gobi », l’écrivain français Pierre Benoit a imaginé l’existence d’un tigre blanc immense, sans strie apparente et aux yeux d’un vert émeraude ; l’animal prend d’ailleurs une couleur plus classique quand il change radicalement de milieu après sa capture.

Le mélanisme est un phénomène exceptionnel chez ces animaux, et résulte d’une expansion des stries jusqu’à convergence de celles – ci (le même phénomène peut se produire pour les ocelles de certains léopards et jaguars, ainsi que pour les tâches de certains guépards).
Le parc national de Similipal, en Orissa, semble être une véritable matrice génétique pour les tigres noirs, certains individus y étant régulièrement observés au moins depuis plusieurs décennies (dernier cas signalé : une femelle et ses deux petits, juin 2007).
Un cas particulier de mélanisme « dilué » est celui qui résulte en un pelage d’un bleu profond (ou gris clair strié de gris foncé, l’ensemble perçu comme bleuté à une certaine distance). L’occurrence en est extrêmement rare : observation ponctuelle en Chine du Sud en septembre 1910 (un livre « Blue tiger » fut écrit en 1925 à ce propos par l’observateur). Des observations plus tardives furent réalisées en Corée et en Birmanie (infos répertoriées sur le site web « Mutant big cats »).
Jose Luis Borges a écrit une nouvelle : « tigres bleus », publiée en 1983. Véritable fable onirique, elle décrit la quête initiatique d’un Ecossais dans l’Inde du début du siècle dernier, à la recherche de tigres bleus vus dans un village du delta du Gange…
Shuker fournit des informations particulièrement détaillées sur les tigres noirs et bleus.
La fourrure « olivâtre » de tigres en Turquie orientale mentionnée par Tim Cahill (2002) n’est manifestement pas la vraie couleur de l’animal mais le résultat probable d’une station prolongée dans les eaux vaseuses des berges de lacs de cette région.
De toute façon, les tigres des zones aquatiques ont un pelage parfois recouvert d’une couche de boue grisâtre, à laquelle peuvent même s’agglutiner des feuilles humides entre autres possibilités, ce qui rend l’animal encore plus indiscernable.

VOLUME : UN CHAT « GRAND FORMAT »


Le tigre est habituellement considéré comme le félin le plus volumineux au monde de notre époque.
Dans le passé, et jusqu’à une époque relativement récente, les grands mâles continentaux pouvaient excéder 300 kgs, particulièrement dans les régions les plus septentrionales de distribution de l’espèce.
Comme c’est le cas chez d’autres espèces du genre Panthera, des individus d’une taille prodigieuse peuvent parfois apparaître. Il semble que ce fut le cas sur l’île de Chin – Do (Sud – Ouest de la péninsule coréenne) à la fin du 19ème siècle, et plus récemment en Orissa (un tigre noir immense, entre 1952 et 1967 (voir K.P.N. Shuker 1989. Mystery cats of the world. Eds Robert Hale).
Certains mâles captifs peuvent parfois approcher les 400 kgs (au moins 2 cas répertoriés).
Pieter Matthiessen (1999) mentionne le cas d’un tigre de Sibérie dans un ranch canadien qui approchait la demi – tonne.
De fait, le félin sauvage le plus volumineux jamais répertorié est le lion américain, et concernant les félins captifs aujourd’hui, il s’agit de ligrons mâles.
Peut – être des ligrons mâles sauvages nés des amours de lions américains et de tigresses en Alaska (Turner et Anton 1997) furent les véritables recordmen de taille dans toute l’histoire des félins.

A travers la combinaison, pour un seul animal, de processus de striation transversale, de pelages tri ou multicolores variés, et d’une taille imposante, les tigres constituent, pour la Nature comme pour l’Humanité, une merveille parmi les merveilles.
Les berges du Fleuve Jaune ont cristallisé le tigre comme la montagne cristallise le diamant.
La perte d’un tel trésor serait définitive et irremplaçable (même après des dizaines de millions d’années, et en dépit de mécanismes de convergence qui seraient cette fois inopérants du fait du trop grand nombre de paramètres extraordinaires croisés nécessaires à l’émergence d’un organisme comparable.

 

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Distribution géographique en évolution : une histoire à couper le souffle

MOSAÏQUES CONTINENTALES DES GRANDS PREDATEURS TERRESTRES
La distribution des tigres a beaucoup fluctué au cours des 2 millions d’années d’existence de l’espèce, et ce en corrélation avec des facteurs écologiques et climatiques, parmi lesquels la compatibilité et la compétition (à des degrés variables) vis – à – vis des autres grands prédateurs, tels que les ours et les léopards, et en premier lieu l’adaptation aux pressions imposées par les espèces sociales (êtres humains, lions, canidés sociaux – dholes en Inde, loups en Russie -).
Depuis le début de la période historique, les quadrupèdes prédateurs dominants sont les ours et les loups en Europe, Russie et Amérique du Nord, les lions en Afrique, les tigres en Asie orientale, les jaguars en Amérique centrale, les pumas en Amérique du Sud.
La pression de compétition d’une espèce de prédateurs sociaux dominants (particulièrement les lions durant le Pleistocene, et plus que quiconque les êtres humains depuis l’Holocene) – induisant une compétition surdensifiée entre les autres espèces dans la plupart des cas – a été un élément déterminant dans la constitution et les réaménagements de la mosaïque écologique des grands prédateurs terrestres.
Concernant la zone holarctique (Eurasie septentrionale et Amérique du Nord), la compatibilité, à l’échelle continentale, entre ours solitaires et loups sociaux résultent de préférences écologiques différentes et du même coup d’une compétition directe assez réduite au total (même si le phénomène est spectaculaire et impressionnant lorsqu’il vient, occasionnellement, à se produire – il en va de même pour le tigre de Sibérie limitant la présence et l’action des loups dans certaines régions -.
Durant la période Pleistocène, les lions étaient dominants non seulement en Afrique (où ils devaient toutefois compter avec une autre superpuissance sociale, celle des hyènes), mais aussi et de façon plus nette encore dans toute la région Holarctique et même sur les franges occidentales de l’Amérique méridionale. En Europe, seules les hyènes géantes venaient pondérer quelque peu la domination léonine.
Le rôle écologique de ces grands félins était donc absolument déterminant dans la définition des mosaïques de prédateurs sociaux (loups, hyènes, lycaons) ou solitaires (léopards, jaguars, pumas, tigres, ours).
Loups et ours n’étaient dominants nulle part, et les tigres l’étaient uniquement dans les zones les plus orientales de l’Asie et particulièrement les côtes et deltas, écologiquement peu compatibles avec le mode de vie des lions.
Le déclin des populations de lions corrélé à l’expansion humaine a donc eu une influence majeure sur la nouvelle donne écologique à partir de l’Holocène, particulièrement sur le déploiement du couple ours/loup, et sur l’expansion du tigre vers l’Ouest.
Tigres et ours furent plutôt compatibles partout où les deux espèces étaient simultanément présentes, et de nombreuses communautés humaines, partout en Eurasie, se structurèrent culturellement à travers le lien fort qui existait, selon elles, entre ces deux animaux (de la mer noire à la Sibérie et la Corée).
Les loups remplacèrent les lions en région holarctique, mais leur puissance de compétition était nettement plus faible que celle de leurs glorieux prédecesseurs, et intervenait dans un contexte d’hyperdomination humaine, ce qui a modifié – et de plus en plus – les modalités relationnelles entre espèces prédatrices non dominantes, faisant prendre parfois à la compétition des formes particulièrement caricaturales, ou à l’inverse, débouchant occasionnellement sur des compatibilités inédites.

L’ODYSSEE DU TIGRE


Nés dans les zones marécageuses de la Chine Orientale il y a 2 millions d’années, les tigres se sont répandus rapidement à la fois en direction du Nord et du Sud.
Au Nord, ils parviennent jusqu’au 72ème parallèle (dans les îles Lyakhov) aussi bien que dans des zones orientales de même latitude (Kamtchatka, Alaska).
Des indices de leur présence dans des zones plus occidentales n’ont pas été répertorié jusqu’à présent. Celle – ci est toutefois crédible, leur distribution du Nord – Est s’étant avéré compatible avec celle des lions des cavernes.
Ils furent aussi présents très tôt à Sakhaline et au Japon (qui était un simple appendice continental pendant les périodes glaciaires).
Ils se répandirent au Sud jusqu’à ce qui constitue l’archipel indonésien aujourd’hui, et qui était relié au continent asiatique au cours des périodes glaciaires (immense péninsule de SUNDA). Ils atteignirent ainsi Bornéo et Florès, et même probablement Sulawesi.
Leur expansion vers l’Ouest n’interviendrait par contre que beaucoup plus tard (ils restèrent absents de Chine occidentale jusqu’à la fin du Pleistocene.

Depuis leur apparition, une succession de 17 périodes glaciaires et interglaciaires s’est produite.
Il est aujourd’hui possible de déduire les corrélations entre les changements climatiques, leurs conséquences biogéographiques, et en particulier la création ou la disparition de sous – espèces ou de variétés.
Un tel processus peut être reconstitué assez aisément pour l’ultime phase du passage du Pleistocène à l’Holocène.
Hélas, nous ne savons (et ne saurons) rien des connexions et isolations génétiques entre populations géographiques qui sont intervenues au cours des 16 périodes glaciaires et interglaciaires les plus anciennes du Pleistocene. Cela signifie que, de fait,
nous ne savons rien de 95% de l’Histoire Evolutive du Tigre.

En tout état de cause, les périodes interglaciaires du Pleistocene supérieur furent de véritables âges d’or pour cette espèce dans les régions d’Asie orientale, avec d’immenses espaces circum – arctiques occupés.
Partout ailleurs, la prospérité des tigres était fortement réduite par la présence importante des lions.
A la fin de la dernière période glaciaire et le début de l’Ere holocène, les êtres humains établirent une hyperdominance solide parmi les prédateurs sociaux, et les lions subirent un terrible et brutal recul sur deux continents (Eurasie et Amérique) ce qui bénéficia aux popullations de loups, d’ours et de tigres.
Durant l’optimum humide Neolithique (7000 – 5000 ans av. J.C.), la Chine occidentale, la Mongolie et l’Asie centrale devinrent d’immenses espaces verts, incluant une trame lacustre continue du lac Baïkal à la Méditerranée.
Les tigres se déversèrent en une vague continue du Kamtchatka au Danube.
La totalité du territoire russe fut plus ou moins densément occupé. De plus, quelques « tigres de la Caspienne » venus des zones de Méditerranée orientale s’installèrent peut – être en Afrique orientale.
Simultanément, la déglaciation marquant la fin du Pleistocene provoqua une immersion partielle du sous – continent Sunda qui se transforma alors en l’archipel indonésien.
Du fait de cette isolation par rapport à leurs congénères continentaux, les tigres îliens dérivèrent génétiquement jusqqu’à devenir une sous – espèce à part entière, Panthera tigris sundaïca. De nombreuses variétés de ces tigres plus petits que ceux du continent se développèrent alors, de Sumatra à Sulawesi à l’Est, Flores au Sud, les Philippines et même Formose au Nord.
La période aride post – neolithique (4000 – 1000 av. J.C.) réduisit drastiquement la distribution eurasienne des tigres, effaçant peut – être leur présence en Afrique.
La création du désert du Taklamakan coupa les connections dont les tigres occidentaux bénéficiaient jusqu’alors avec leurs congénères orientaux. Ces animaux présents dans des espaces immenses (probablement les territoires les plus importants jamais occupés par une sous – espèce ou une variété, souche sibérienne incluse), de la Chine occidentale au Danube, et peut – être même des régions nilotiques en Afrique, déclinèrent sévèrement vers une distribution d’apparence dendritique corrélée aux berges d’une partie du réseau hydrographique eurasien, principalement en Asie centrale, du Syr – Daria à la Mer Noire.
Une nouvelle sous – espèce, Panthera tigris virgata, prit corps à la suite de l’isolation géographique de ces animaux.
Ils devinrent alors l’un des carnivores les plus extraordinaires de tous les temps, vivant en intimité avec les populations humaines eurasiennes, à proximité des villages voire à l’intérieur de ceux – ci, et ce jusqu’au début du siècle dernier.

Donc, depuis cette période, trois authentiques sous – espèces étaient présentes en Eurasie : les tigres continentaux « Panthera tigris tigris » (de la Sibérie orientale à l’Asie du Sud – Est), P.t. sundaïca (dans l’archipel indonésien), P.t. virgata (en lien avec une partie du réseau hydrographique eurasien).
La 3ème a été totalement détruite, officiellement en tout cas, au cours du 20ème siècle.

Rapports avec l’Humanité

Partout où il a été présent, le tigre a été en bonne place parmi les animaux clés pour la culture et la religion des populations humaines vivant dans son environnement. Dans la plupart des cas, il fut le plus important. Il était un symbôle multisémantique (puissance, mort, beauté, richesse, protection…) et sa force sacrale fut sans égale.
On peut distinguer 4 grandes cultures du tigres : 2 présentes dès le Pléistocène, en Sibérie d’une part, Asie du Sud de l’autre, une troisième à l’Holocène, en Inde, qui inondera pendant l’antiquité celle d’Asie du Sud et aura un rôle déterminant dans la survie des tigres jusqu’à nos jours, une quatrième dans les steppes d’Asie centrale à partir de l’âge du bronze, qui exprimera une fascination pour la Nature sauvage et une véritable togrolâtrie dans ses choix artistiques.
Les cultures du tigre les plus anciennes étaient actives il y a au moins plusieurs dizaines de milliers d’années, à la fois dans le Nord et le Sud de l’Asie.
L’une d’entre elles se développa dans la partie orientale de la Sibérie, au Nord jusqu’au Kamtchatka, au Sud jusqu’au fleuve jaune. Elle eut une influence énorme sur les civilisations historiques chinoise – celle – ci s’est cristallisé dans sa zone nord-est -, coréenne , japonaise, ainsi que celles de l’Amérique occidentale (du Nord au Sud de ce continent).
Les cultes américains du jaguar et du puma sont vraisemblablement des substituts aux cultes du tigre et du lion des cavernes des pionniers américains d’origine sibérienne.
De ce point de vue, la Chine a produit, sur le plan des concepts comme des réalisations concrètes, la plus grande culture explicite du tigre , et de très loin. Ce pays a en effet subi l’influence des 4 grands courants civilisationnels liés au culte du félin.
La culture sibérienne a d’abord fécondé la Chine du Nord – Est, puis la civilisation d’Asie du Sud a fait de même pour la Chine du Sud – Est. Les variations induites secondairement par l’influence indienne ont eu des effets immédiats dans cette région.
Enfin, la culture d’Asie centrale a fortement impressionné le Turkestan chinois, et au delà, toute la Chine occidentale.
Un bon exemple d’accrétion culturelle est celui de Kubilaï Khan, empereur Mongol de Chine au XIIIème siècle, et qui reçut Marco Polo à sa cour.
Cet empereur possédait d’énormes tigres apprivoisés qui lui servaient de chiens de chasse (Manfredi dans Thapar 2004).

Une autre grande culture du tigre au caractère extrêmement complexe prospéra en Asie du Sud Est (de la Chine méridionale à l’Indonésie).
A cette époque, des cultes « couples » existaient en maints endroits, comme celui du lion et de l’ours en Europe occidentale. Beaucoup plus tard, des associations analogues apparurent, comme celles du jaguar et du puma dans des régions circonscrites de l’Amérique centrale (Magni 2003), du lion et du tigre en Inde (« le sang et les entrailles d’Indra »), de l’ours et du tigre de l’Europe orientale à la Sibérie et la Corée (avec des mythes fondateurs parfaitement explicites à ce sujet).
Le culte de l’ours chez les aïnous (Nord du Japon) est probablement l’héritier défectif d’un culte préhistorique tigre/ours, également en place chez les Aïnous de Sakhaline.
De même, le culte de l’ours seul dans l’Europe occidentale historique suivit celui du lion et de l’ours à l’époque préhistorique.

Deux autres grandes cultures du tigre émergèrent pendant la période Holocène.
La civilisation indienne développa une relation tout à fait spécifique avec ces animaux, basée sur l’intimité, qui influença et renforça la civilisation préhistorique d’Asie du Sud. Dans un second temps, ces deux cultures devinrent quasiment identiques dans leur relation aux tigres.
La nature de la civilisation indienne et son niveau d’influence ont donc permis le maintien – voire le développement – de la prospérité des populations de tigres jusqu’aux siècles récents dans toute l’Asie du Sud, Chine méridionale comprise.
Elle a su absorber les dominations iranienne protohistorique puis musulmane comme le buvard boit l’encre.
Elle a donc assuré le passage à l’ère historique d’une population de lions des cavernes modifiés alors que leurs congénères disparaissaient dans toute la région holarctique, puis permis leur survie jusqu’à nos jours.
Si la Chine a conçu la plus grande culture « formelle » du tigre, l’Inde a réalisé sa plus grande culture « réelle ».
L’une représente l’aspect « extérieur » des relations avec l’animal, l’autre sa dimension « intérieure ».

Enfin, les civilisations nomades, des mongols aux scythes occidentaux, de l’Asie centrale à l’Europe orientale, élaborèrent une idéologie complexe de culture des prédateurs où des espèces différentes interagissent, et particulièrement les tigres et les léopards, qui étaient considérés comme des animaux voyageurs (ils suivaient les troupeaux d’ongulés migrateurs) et donc de véritables pasteurs au même titre que les êtres humains qui les observaient.

Les fluctuations énormes des relations (allant de l’intimité harmonieuse aux conflits les plus lourds) entre les communautés humaines des 4 civilisations concernées et les tigres intervinrent à de nombreuses reprises, en lien avec les changements sociaux chez les premières, et les adaptations des seconds aux nouvelles conditions ainsi créées.
A l’époque protohistorique, les populations de tigres furent massacrées massivement, dans les régions septentrionales de la Chine et de l’Inde, du fait de modifications importantes dans les habitudes de vie, et notamment le remplacement à grande échelle des forêts et des espaces ouverts sauvages par des plantations et des villes. C’est ceci, tout particulièrement, que le plus grand poème épique de tous les temps, le Mahabharata , raconte.
Par la suite, les tigres continuèrent à être persécutés et détruits par les paysans chinois (et prenant parfois de sanglantes revanches lors des périodes d’anomie), contrairement à l’Inde et l’Asie du Sud ou des relations équilibrées purent se réinstaller.

Initialement, les communautés de chasseurs/cueilleurs eurent des cultes du tigre partout en Asie.
Progressivement, la règle générale fut la persécution des tigres par des fonctionnaires assermentés d’Etats forts, pondérée par un comportement beaucoup plus empathique des gouvernés (villageois et tribus forestières) à l’égard de ces animaux.
Dans le Caucase, les villageois vivaient fréquemment en immédiate proximité avec les tigres, jusqu’au siècle dernier.
Les cultures pastorales d’Asie centrale luttaient contre les prédateurs pour protéger leurs troupeaux, mais dans le même temps, ils les respectaient profondément pour leur bravoure et leur ardeur combative.
L’art des steppes d’Asie centrale exprime une véritable « félinolâtrie » obsessionnelle (comparable à l’omniprésence du jaguar dans l’art méso américain).
Lions, léopards et panthères, accompagnés de félins mythiques sont représentés de façons variées, ainsi que de nombreux herbivores sauvages, leurs proies.
Deux momies d’un kourgane du complexe funéraire de Pazyryk (Altaï russe) sont recouvertes de tatouages représentant des tigres bleus et rouges.
1500 plus tard, au sein du Registan de Samarkand, à l’endroit ou Timur avait érigé une pyramide des crânes de ses victimes, est érigée la madrassa de Sher Dor, avec sur la façade, une représentation picturale vivement colorée de deux énormes tigres théophages et cosmophages…
Qui plus est, sur le plan écologique, la grande steppe eurasienne est à la fois une remarquable matrice et un abri efficace pour les espèces animales, ou certaines populations « reliques » peuvent continuer à vivre alors que leur espèce n’existe plus ailleurs depuis des siècles ou des millénaires (Planhol 2004).
Les civilisations de pasteurs préservèrent cette biodiversité en limitant l’installation des plantations et des villes, voire en réduisant, parfois, l’espace préalablement occupé par les cultures sédentaires.

En Chine aussi bien qu’en Inde, de terribles ruptures sociétale (qui mirent à bas de nombreuses dynasties et provoquèrent des pertes immenses au sein des populations) induisirent artificiellement de fortes poussées démographiques chez les tigres couplées à un comportement prédateur beaucoup plus audacieux et massif que celui observé en temps normal.
Les gouverneurs des provinces en Chine avaient pour première tâche officielle « d’expulser les tigres ».
En Inde, plusieurs centaines de milliers de personnes périrent sous la dent des tigres pendant la période d’occupation anglaise.
Persécutés par les occupants européens comme jamais ils ne l’avaient été dans l’Histoire, les félins s’en prirent à tout ce qui avait un rapport avec les êtres humains, et donc, en premier lieu, au bétail et aux villageois qui pourtant, essayaient depuis des millénaires de vivre avec eux sur de bonnes bases relationnelles.
Dans un premier temps, les populations locales furent choquées, écoeurées par la brutalité et la cruauté européenne à l’endroit des animaux sauvages et parmi ceux – ci, les tigres en premier lieu. Mais exposés durablement à l’attitude désormais agressive du grand carnassier à leur égard, ils finirent par percevoir les européens (au premier rang desquels furent les russes, les anglais et les français) comme des libérateurs face à la menace du félin. Cet épisode mit un terme historique aux cultures dominantes du Tigre.
Mais un proverbe chinois dit : « Quand le tigre n’est plus là, les singes sont les rois de la montagne » et rudyard Kipling, dans 3Le livre de la Jungle », met dans la bouche de Mowgli les mots suivants : « Je danse sur la peau de Shere Khan, et le pleure… Mon cœur est lourd de choses que je ne comprends pas ».

Les Européens (de Brest à Vladivostok) ont détruit 95% des populations de tigres asiatiques (300 000) et mirent à mal les possibilités de relations harmonieuses des populations locales avec les 5% de survivants.
Ils ont aussi éradiqué leur propre tigre, Panthera tigris virgata, l’une des trois sous – espèces existantes à l’époque historique, ce qui constitue, écologiquement parlant, l’un des pires génocides du XXème siècle.

Dans toute l’Asie, entre 10 000 et 15 000 tigres sauvages étaient encore présents à la fin de la seconde guerre mondiale.
Puis, la dynamique démographique asiatique impliquant la captation des territoires du tigre, la corrélation de celle – ci avec des relations dégradées avec l’animal s’est avérée fatale à la plupart des tigres îliens (P.t. sundaïca est maintenant dans un état relictuel, présent seulement à Sumatra où il est d’ailleurs concurrencé depuis plusieurs années par le tigre d’Asie du Sud (P.t.corbetti).
Plus généralement, c’est un véritable miracle qu’à l’hiver 2008, peut – être un millier de tigres continentaux sauvages soient encore en vie, soit 10% de ce qu’ils étaient il y a 60 ans, et 0,2% de ce qu’ils représentaient peu avant l’arrivée des anglais en Inde.
Cela prouve aussi que, même décapité, le fond culturel du tigre reste vivant dans la profondeur de la psychologie collective.
Mais les trafics d’animaux sauvages constituent une menace terrible et immédiate pour les grands félins.
La « protection » officielle des tigres n’a pas eu grand chose à voir avec ce qu’elle prétendait être, et ce pendant un quart de siècle (1983 – 2008). Il y eut beaucoup de déclarations d’intentions, mais peu d’actes effectifs. Tigres et hommes sont artificiellement séparés, puis entrent en compétition territoriale. De plus, le commerce des produits dérivés du tigre implique des complicités innombrables. En Inde, les officiels ont falsifié les résultats des recensements pendant des décennies pour rassurer l’opinion public internationale.
Aujourd’hui, même si le gouvernement considère la situation comme quasi désespérée et semble enclin à vouloir agir, c’est dans des initiatives individuelles originales, réalisées dans des contextes et des territoires particuliers, et qui donnent des résultats encourageants, que semble résider les sources les plus réalistes d’espoir.
Les plans indiens de protection furent en fait, jusqu’à présent, similaires à celui destiné à sauver le tigre de la Caspienne après la deuxième guerre mondiale.
En Russie (1947 – 1964), les réserves naturelles offertes à cet animal furent trop exigues et trop pauvres en végétation des berges et des marais : la pression humaine (comme en inde aujourd’hui) était trop forte. Moins de 20 tigres survivaient dans une zone frontalière russo – iranienne protégée en 1964 (un peu comme ce qui se fait entre russes, chinois et coréens pour le tigre de Sibérie aujourd’hui) et tout effort cohérent fut de fait abandonné par la suite. Il n’y avait plus vraiment la volonté suffisante pour agir.
En Turquie en 1975, un article indiqua qu’il restait désormais moins de 100 de ces animaux, mais que leur nombre semblait en légère augmentation ( !).
Cinq ans plus tard, l’animal était déclaré officiellement éteint ( !) alors qu’ en fait, le trafic de peaux vers le moyen – orient se poursuivit jusqu’en 1984, puis fut interrompu par le basculement de la Turquie orientale dans un conflit entre autorités et séparatistes kurdes qui désorganisa la région jusqu’à nos jours.
Un article du Turkish Daily News du 4 Aout 2004 estime qu’il reste peut – être encore quelques tigres dans cette zone.

Il existe par ailleurs des dizaines de milliers de tigres captifs dans le monde (peut – être environ 40 000). Les millers de pensionnaires des fermes à tigres chinoises géantes sont bien sûr les plus célèbres, mais plus nombreux encore sont les tigres détenus par des particuliers en Europe, Amérique, Australie, Afrique du Sud…
Ainsi, il y a peut être 12000 « tigres de compagnie » aux USA (dont 5000 pour le seul Texas), et 6000 animaux en situation similaire en Russie et Asie centrale.

Ce qui peut sauver le tigre
Bien sûr, une volonté politique forte est une clé majeure pour résoudre la question. Celle – ci peut être catalysée par des initiatives originales et vigoureuses d’associations indépendantes.
Cela implique aussi la reconstruction des cultures du tigre pays par pays sur des bases rénovées, à travers l’implication forte des structures éducatives institutionnelles.
Et bien évidemment, rien d’efficace ne pourra se produire sans la rétrocession de vastes territoires connectés les uns aux autres pour les tigres sauvages relictuels et des tigres captifs réensauvagés à travers des plans spécifiques (ce qui est parfaitement faisable comme l’avait déjà montré George Adamson en 1970 avec les lions avant que des expériences plus récentes confirment la validité de telles initiatives : la naissance, le 23 Novembre 2007, d’un tigreau viable chez un couple de tigres de Chine du Sud, c’est à dire dans une variété où il n’y avait pas de reproduction en captivité, dans le cadre d’une initiative de réensauvagement unique au monde sur le territoire sud africain est une étape décisive pour la viabilisation et la crédibilisation de tels plans).
Des plans communs et croisés doivent être engagés entre :
Chine, Inde et Indonésie
Chine, Russie et Corée
USA, Japon et Russie
Europe, USA et Afrique du Sud
Europe, Russie et Asie centrale
Et même USA et Argentine : la Patagonie pourrait offrir des zones suffisamment vastes et accueillantes pour faire renaître, à terme, des troupeaux de tigres sociaux au manteau uni, avatars des énormes Smilodon à dents de sabre qui régnaient sur cette région il y a des dizaines de milliers d’années.
Et pour finir (et peut – être avant tout) la protection effective des lions ! En tant qu’ancêtres des tigres, ils sont étroitement liés à eux génétiquement et les deux espèces sont probablement indispensables l’une à l’autre pour s’assurer un avenir solide.

Des tigres sauvages doivent être présents sur plusieurs continents. C’est la seule et ultime solution qui puisse leur assurer un avenir. Et au delà, ce sera aussi un excellent catalyseur pour la mise en place d’un nouvel équilibre relationnel entre Humanité et monde animal.

 

 

 

 

 


 

 

 

 
Alain Sennepin - Rathier 42830 Saint-Priest-la-Prugne FRANCE- Tél:04 77 62 94 37